Texte

Le gisement de Dolni Vestonice II s’étend sous une crête loessique, en-dessous d’une ancienne briqueterie, dans un milieu naturel très favorable pour le séjour et le mode de vie de groupes de chasseurs de mammouths du Paléolithique supérieur. Ceci est dû avant tout à la situation géographique générale des montagnes de Pollau qui forment à la confluence de trois rivières un passage étroit dans la large vallée, caractérisé par la morphologie un peu particulière de cette pente abrupte. Les versants consistent en une immense colline de loess fissurée par glissements et de profonds chenaux d’érosion. La base, érodée par le fleuve, forme une paroi verticale. Pour les grands animaux, il n’était donc pas possible de suivre le fleuve en traversant la vallée et les troupeaux étaient obligés de grimper sur les crêtes loessiques. Un grand nombre de foyers simples mis au jour par l’exploitation de loess dans les dernières années, n’étaient pas accompagnés de matériel archéologique. Ces foyers de surface témoignent de la pratique d’une chasse à l’aide du feu, qui provoquait la chute des animaux dans les gorges comme dans un piège naturel.

Les couches archéologiques couvertes par le loess le plus récent se trouvent à une profondeur comprise entre trois et six mètres sous le sol actuel et ont fait l’objet d’une fouille de sauvetage dans les années 1985-1989 sur les deux étages de la nouvelle briqueterie. Une partie du premier complexe de sols fouillé (BK I), dont l’évolution compliquée comprenait les traces de quelques oscillations climatiques bien identifiables dans le loess du sud de la Moravie, était attaquée par de nombreuses formes de solifluction et glissement, souvent superposées ou endommagées, et parfois complètement détruit en quelques endroits.

Le grand profil de la briqueterie et la paroi formée en terrasses ont montré que les conditions de sédimentation et de stratigraphie ont changé, même sur une courte distance, jusqu’au Pléistocène moyen, sur le versant et dans le terrain très irrégulier. Il était rarement possible d’identifier les couches archéologiques en superposition directe par corrélation stratigraphique. Mais les conditions de conservation étaient très favorables et ont laissé les objets archéologiques dans un très bon état, particulièrement ceux en os.

Le site comprend un grand nombre de foyers simples, qui consistent en lentilles limitées dans l’espace et en concentrations plus étendues de couches archéologiques cendreuses, avec des emplacements de foyers et des zones brûlées. Quelques foyers foraient des groupes de différents contours. Seuls quelques-uns, qui ont laissé des traces indiscutables d’aménagement, peuvent être interprétés comme de vrais lieux d’habitat. Un de ces groupes (unité d’installation A) consistait en trois structures d’installation indépendantes qui se sont superposées strati graphiquement et qui montrent quatre phases d’occupation. Chacune de ces trois structures est caractérisée par une série oblongue de foyers. L’unité d’installation B était constituée, sur une surface horizontale aplanie, de cabanes circulaires avec un foyer central accompagné d’une fosse ronde, ainsi que de quelques trous de poteau, vestiges d’une construction en bois. Une de ces structures était enfoncée dans le sol. L’unité d’installation C montre des structures semblables (trois cabanes) qui, curieusement, se trouvent sur la pente du versant ouest de la colline de loess.

Grâce à un nombre suffisant de datations C14, dont les valeurs sont comprises entre 27000 et 24000 B.P., il a été possible de comparer les positions chronologiques de toutes ces structures. Les résultats de chaque analyse, bien qu’ayant toujours été réalisée sur une quantité suffisante de charbon de bois pur, tout en étant très proches l’un de l’autre, ne permettent pas une interprétation certaine de l’âge absolu, mais on peut les considérer comme un repère fiable pour l’interprétation chronologique relative des structures. Les analyses ont en effet permis de classer ces structures dans un ordre chronologique. Avec l’analyse stratigraphique et la connaissance archéologique des installations, ce classement reflète l’utilisation du site à de multiples reprises et lors de séjours répétés, mais aussi parfois l’utilisation de courte durée, qui, en fonction de la forme des cabanes, a eu heu en différentes saisons.

Le site a pris une importance extraordinaire par la découverte de restes humains, particulièrement la triple sépulture (DV XIII-XV). Une calotte retirée d’un crâne humain (DV XI-XII) et des fragments de squelette brûlés très proches de celle-ci étaient en relation avec l’enterrement rituel et témoignent du rôle important que ce site jouait dans la vie spirituelle des groupes de chasseurs du Pavlovien. Son interprétation en tant que témoignage d’une intervention chirurgicale exécutée par un « homme-médecine » (et ses conséquences tragiques) donne une importance singulière au site. Ceci est encore renforcé par le bon état de conservation des ossements et de curieuses particularités corporelles, et permet même de tirer des conclusions à caractère ethnographique.

Le mode d’enterrement rituel, l’incendie de la couverture en bois de la sépulture, ainsi que le mode d’extinction du feu par recouvrement de l’ensemble avec de la terre, sont responsables de la très bonne conservation non seulement des ossements, mais aussi du bois peu calciné. Parmi les bûches découpées intentionnellement, on a aussi trouvé des morceaux coupés et rabottés. Ceci permet de penser à l’existence d’ustensiles divers, de pièces de décoration et même de fragments de statuettes, le tout fabriqué en bois.

Le site fait partie sans aucun doute des autres habitations du Pavlovien dans le sud de la Moravie, proches de la montagne de Pollau, mais il montre un caractère différent des deux sites principaux, Dolni Vestonice I et Pavlov I. On peut le considérer comme site satellite, utilisé occasionnellement pour la chasse ou d’autres activités. Cette constatation est aussi renforcée par l’ensemble des découvertes. L’analyse typologique de l’industrie lithique illustre très bien cela. Cette industrie contient toutes les formes spécifiques qui caractérisent le Pavlovien comme une unité culturelle indépendante et qui s’expriment particulièrement par l’évolution progressive de l’outillage et la tendance à la microlithisation. Les différences existent plutôt dans l’aspect quantitatif et dans le stockage momentané de matières premières, comme le montrent les trois ateliers de débitage sur l’étage le plus bas de la briqueterie, utilisés pendant une très courte période. On peut aussi remarquer l’existence fréquente de dalles de pierre sableuse dans la proximité de la triple sépulture, sans doute en rapport avec l’inhumation. Le calcaire, partout présent, n’était pas utilisé dans les constructions d’habitat ou dans d’autres structures, mais il a par contre été régulièrement rencontré sous forme de petits fragments brûlés dans les cendres de chaque foyer de surface et dans chaque foyer domestique. On peut supposer que les blocs de calcaire n’ont pas seulement été utilisés pour fournir une radiation de chaleur prolongée.

L’industrie osseuse, bien que limitée en quantité, présente les mêmes particularités. Elle contient également presque toutes les formes typiques, mais les découvertes, en ce qui concerne leur finition, ne constituent pas toujours de véritables outils. En règle générale, il s’agit de pièces cassées ou demi-finies, ainsi que de déchets de fabrication, qui correspondent aussi aux ateliers de l’industrie lithique, de caractère temporaire. Il est nécessaire de signaler la rareté, dans cet inventaire, des pièces en ivoire. Mais de remarquables pièces cassées en os de mammouth évoquent quand même une utilisation de celui-ci.

Bien que les coquilles de mollusques percées soient bien représentées dans tout l’inventaire, on peut considérer leur présence comme peu représentative, par comparaison avec d’autres sites. Particulièrement, les pendeloques en ivoire et les autres formes décoratives sont tout à fait absentes. Le manque de pièces découpées et incisées en ivoire, caractéristiques du Pavlovien, se reflète aussi dans la série des témoins artistiques. Ce manque ne peut être expliqué que par les conditions nécessaires à la fabrication d’objets d’art et à la pratique d’actes rituels, réunies uniquement dans un habitat de longue durée, où l’espace, les occasions, la mobilité et le temps nécessaires étaient disponibles.

Les seules exceptions sont les deux pendeloques en ivoire, en forme de goutte, trouvées sur des fragments de crânes dans la sépulture multiple. C’est également là qu’ont été découvertes la plupart des dents animales percées et les deux fragments de statuettes en argile cuite, ainsi que deux morceaux de schiste roulés dont l’un porte un motif gravé et l’autre est percé. De plus, des pièces en bois problématiques et ime baguette étrange en calcaire décorée d’une ligne d’incisions (peut-être des notations de phases lunaires), toutes brûlées, se trouvaient dispersées dans la zone de cette sépulture, peut-être en rapport direct avec la cérémonie d’inhumation. Dans la zone B du gisement, on constate par contre une grande rareté des objets de décoration.

Les dernières fouilles ont fourni de très importantes connaissances pour l’interprétation des rapports inter-sites et du contexte de tous les gisements de la montagne de Pollau. Par leur comparaison, toutes les concentrations peuvent être mieux identifiées en tant qu’unité culturelle indépendante, ainsi qu’en ce qui concerne leur développement, les causes de leur création dans la situation géographique et la morphologie du sud de la Moravie. La concentration de sites est elle-même comparable à l’accumulation des restes de gisements dans le loess en Europe de l’est (Kostienki) et dans les régions karstiques de l’Europe de l’ouest. Dans l’environnement proche, le site de Pavlov II, qui n’a pas non plus fourni de pièces travaillées en ivoire ou d’autres objets d’art, mais bien plusieurs coquilles de mollusques percées, est proche de Dolni Vestonice. Pavlov II se trouve sur le côté est des pentes septentrionales de la colline, dans une situation morphologique semblable, et ne présente pas de structures d’occupation à l’exception d’un foyer.

Les fouilles de sauvetage de Dolni Vestonice II ont sans aucun doute atteint leur but. Grâce à leurs résultats et leurs découvertes extraordinaires, elles prendront une place particulière et importante dans l’étude des groupes de chasseurs du Paléolithique supérieur dans la sud de la Moravie, mais aussi dans l’histoire des recherches préhistoriques.

Citer cet article

Référence papier

Bohuslav Klíma, « Résumé », ERAUL, 73 | 1995, 185-188.

Référence électronique

Bohuslav Klíma, « Résumé », ERAUL [En ligne], 73 | 1995, mis en ligne le 13 February 2026, consulté le 21 February 2026. URL : http://popups.lib.uliege.be/3041-5527/index.php?id=6394

Auteur

Bohuslav Klíma

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Traducteurs

Karl Engesser

Pierre Noiret